Écran total: épisode 2
Au nom de tous les nôtres
Au début, il faut se faire à l'atmosphère. On sait d'entrée de jeu qu'on n'en sortira pas indemne. Parce que la série "Des vivants" en 8 épisodes, annoncée à grand renfort de teasings, aussi bien sur France 2 que sur la RTS, se veut commémorative des attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015 à Paris. Cela fait dix ans aujourd'hui. Autant dire que la "chair" du feuilleton, son ancrage, est encore à vif.
"Des vivants", un titre qui met l'accent sur l'après, sous-entend intrinsèquement qu'il y a des morts. Mais pourquoi ne pas nommer cette oeuvre du souvenir simplement "Les vivants" ? Que vient faire ce "Des", incertain, funeste, qui laisse penser qu'il n'y en a que "quelques-uns" qui ont survécu? Faut-il aussi comprendre cet intitulé comme une mise en perspective: du point de vue "des vivants", quels ont été leurs lendemains?
Marie et Arnaud, Sébastien, Caroline, Grégory, Stéphane et David ont été retenus pendant plus de deux heures sous la gâchette des terroristes, dans un étroit couloir du Bataclan, ce vendredi soir tragique. En toile de fond, tirs automatiques, cris, sanglots et râles des agonisants, juste à côté, dans la fosse, sous la scène. Sur les 130 participants au spectacle, on comptera 90 morts.
Pourtant, "Des vivants" ne refait pas le film des événements du 13 novembre 2015. Ici, la priorité n'est pas donnée aux scènes gores, mais davantage à l'errance, au désarroi des témoins et des victimes. Le réalisateur oscarisé* Jean-Xavier de Lestrade donne le rôle principal à la parole de ces survivants, autoproclamés "Potages" - contraction de "potes" et "otages". C'est bien leur récit qui nous tient.
Comme si ces personnages décalqués sur des victimes réelles étaient en thérapie de leur vécu, devant nous, téléspectateurs qui tentons, en vain, de nous mettre à leur place. La banalité du mal s'incarne soudain. Elle prend aux tripes.
Tels des monologues repeignant la scène mais aussi cherchant une issue au labyrinthe des traumatismes, leurs mots, intimes et bouleversants, sont le coeur de l'action de cette série. Ils disent la reconstruction nécessaire, la résilience, une suite - possible? - à leur vie.
* Oscarisé en 2002 pour le film- documentaire "Un coupable idéal".
"Des vivants, sur France 2, lundi, 21h 10 - Et toute la série sur Play RTS.
Publié par Anne-Catherine Renaud

Je pense que l'objectif de cette série n'est sans doute pas de décrire tous les faits. C'est pour ça qu'ils ont donné un accent très cadré sur un aspect de cette acte. Je pense qu'un film aurait sans doute été plus attirant qu'une série, car voir plusieurs épisodes sur un thème si dramatique... Merci beaucoup ta description très objective.
RépondreSupprimerEn effet, chère Ariane, le concept de ce feuilleton n'est pas de montrer du sang partout, mais de suivre les conséquences de ces attentats sur les survivants. Comment ont-il pu se reconstruire? La plupart d'entre eux ont changé de métier, opté pour une profession plus créative, plus proche des autres: ils ont changé de vie... pour mieux survivre.
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