Écran total: épisode 4


La communauté de l'écran

Dans la nuit, l'horloge de l'église, au loin, retentit: 4 heures du matin. Sursaut, réveil. Toutes les images emmagasinées, toutes les interviews, tous les reportages, toutes les larmes, tous les effrois d'un coup me reviennent à l'esprit.

Saturation d'informations sans filtre qui s'ouvrent, en pleine insomnie, sur une réflexion répétitive. Maturation.  

Encore une fois, les écrans m'interpellent, en particulier les chaînes de télévision, publiques ou privées. Depuis la première conférence de presse, au lendemain de l'incendie meurtrier à Crans-Montana, jusqu'aux rebondissements actuels de l'enquête, elles nous ont abreuvés d'allégations et de vidéos, de comptes-rendus et de débats. Comme si elles prenaient le pouls de la tragédie. Ressasser le fil du drame, inlassablement...
Qu'on les blâme pour leur impudeur ou les applaudisse pour leurs révélations, nous avons tout suivi, les yeux rivés au goutte-à-goutte des spéculations.

En habillant de noir le logo de la RTS, la télévision a pris part au chagrin universel. Elle nous tend aussi un miroir: se reconnaît-on dans ce père affligé, cette camarade de classe en pleurs ou ce pompier qui serre les poings? Le petit écran renforce le sentiment que nous sommes tous concernés: tous des potentielles victimes, ou des possibles héros, ou de lâches coupables... Un brassage de visages et de témoignages qui nous interroge, bien au-delà du voyeurisme, sur ce que nous aurions fait à la place de chacun des protagonistes de cet effroyable drame.

Comme un feuilleton implacable, chaque jour impose son nouvel épisode. Mais comment raconter, filmer, traiter cette actualité si douloureuse sans récupérer le deuil de toutes ces familles frappées en plein coeur? 

Et puis le 9 janvier, au son du glas qui martèle un jour de deuil national, les chaînes d'info ont retransmis en direct la cérémonie en hommage aux victimes. La télévision est devenue une seule et même église, rassemblant laïcs et croyants, car le chagrin n'a pas de religion. Nous avons été ramenés à l'essentiel: la communauté en lien, unie dans une intensité émotionnelle, silencieuse et solidaire. Face à l'écran, face à nous-mêmes.  


Publié par Anne-Catherine Renaud 

Commentaires

  1. Excellente analyse, tout en sensibilité et réflexion, sur le rôle fédérateur de la télévision et tout ce qui nous unit. Bravo! Patricia

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  2. Chère Patricia, merci pour ton commentaire. La télévision joue un rôle social forcément. Ce qui est intéressant c'est qu'elle peut passer du ressassement perpétuel (infos, révélations, analyses...) au recueillement ponctuel. Et c'est là qu'elle prouve le mieux son humanité.

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  3. Ton texte est très très fort comme les évènements passés. Tu as très bien réussi à nous faire ressentir par les écrits ce que nous avons entendu et visualisé. Dureté à raconter tout le temps par les média mais à la longue... on a envie d'entendre parler plus d'autres faits. Bravo.

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