Empathie

 

La pluie est un élément fondamental dans la série "Empathie", peut-être parce que les naufragés de la vie trouvent une écoute attentive auprès du Dr Suzanne Bien-Aimé (Florence Longpré).

Vagues à l'âme

Laissez-vous embarquer par "Empathie", série québécoise coup de coeur du dernier festival Séries Mania, à voir sur Canal+. Le pitch? Après une casse, une psy déglinguée par la vie reprend un poste dans un hôpital psychiatrique de Montréal. Épaulée par un infirmier fondu de comédies musicales, Doc Suzanne Bien-Aimé se révèle d'une lucidité désarmante au contact de ses patients cabossés. Entre drame et comédie, cet hymne à l'humain fait du bien. 

Madame Moisan a perdu son chien, fauché par une voiture. Avec lui, c'est la raison qui l'a aussi abandonnée. Pauvre ère solitaire qui nourrit des bêtes abandonnées dans une fourrière, elle n'avait que cet être comme compagnon de misère. Alors la vieille a pété un câble, tué d'un coup de hache une femme qui se moquait de son chagrin, avalé des tubes d'amphétamines et hurlé sa détresse sur tout ce qui bouge! Elle fait peur, Madame Moisan, quand elle est admise à l'institut psychiatrique de Mont-Royal, à Montréal, sanglée sur un lit médicalisé. Personne n'a envie de s'y frotter.

À part le Dr Suzanne Bien-Aimé, nouvelle recrue de l'hôpital, qui reprend du boulot après deux ans d'une dépression sévère. Elle ne fait pas de miracles, ce serait trop facile et tellement ennuyeux. Non, Suzanne va galérer, gérer avec patience, écoute, bon sens malgré la folie ambiante, et bienveillance. Elle affirme: "Mes patients n'ont jamais été bien nulle part, même dans leur tête". 

Coup de projecteur sur le théâtre de la misère ordinaire! En dix épisodes de 52 minutes, "Empathie" porte un halo de lumière dans le monde de l'enfermement au sens large. Qu'il s'agisse de l'hôpital psychiatrique ou de leur quotidien, tous les protagonistes de cette série québécoise cherchent une échappatoire à leurs tourments, une passerelle vers une vie meilleure, ou plutôt apaisée. "Empathie" raconte la force des rencontres.

Un peu de love et de tendresse

Ancienne criminologue dont la police s'est débarrassée, Suzanne met l'humanité au coeur de ses méthodes. Bien lui en a pris car ses patients lui révèlent la leur, comme par un effet miroir. Et ils en deviennent attachants. Comme ce vieux Monsieur Dallaire, à la fois doux et dangereux pyromane qui, assommé par sa médication, imagine qu'il est suivi par ceux qu'il appelle ses "frères d'armes". Ou cet ancien militaire russe, un certain Costco, qui refuse de sortir de sa chambre de peur d'être assassiné... 


Monsieur Dallaire, pyromane invétéré, va reprendre contact avec ses souvenirs grâce au Dr Bien-Aimé. "C'est un cadeau inouï pour un acteur de jouer un personnage aussi pluriel", affirme son interprète Benoît Brière.

Elle a beau être bardée de diplômes et n'avoir pas froid aux yeux, le Dr Suzanne Bien-Aimé (Florence Longpré, également créatrice de la série) ne peut pas évoluer seule dans l'aile D, où elle est affectée: celles et ceux qui y empilent leurs jours et leurs nuits sont des personnes jugées pénalement irresponsables des crimes qu'elles ont commis. Leur comportement est trop imprévisible. Pour assurer sa sécurité, Suzanne se voit donc escortée par un agent d'intervention, Mortimer Vallant (interprété par l'humoriste franco-camerounais Thomas Ngijol), un grand Black, surnommé "La Tour Eiffel". Au fil des répliques, ces deux-là vont former un duo formidable, se découvrant des points communs et s'épaulant dans les moments difficiles.  


Cette comédie douce-amère qui table sur la tolérance va au-delà de la réussite commerciale - une saison 2 est en cours d'écriture - et nourrit l'empathie chez le public, un objectif cher à Florence Longpré (à gauche, ici avec Thomas Ngijol), autrice et actrice principale. 

Pétris d'aspérités eux aussi, ils portent chacun leur lourd fardeau familial. Aussi fragile que Moïse sauvé des eaux à sa naissance, Suzanne est un bébé-poubelle, recueillie miraculeusement par une avocate qui l'a extirpée d'une benne à ordures et adoptée dans sa riche famille. Un autre drame personnel, dévoilé petit à petit dans des flashbacks, l'a endeuillée et plongée dans la dépression. Mais la quarantenaire a appris de ses expériences douloureuses. Qui mieux qu'elle pour mettre de la lumière là où règne la noirceur?
Quant à son bras droit, il n'est pas mieux loti: ex-enfant battu, Mortimer prend soin de sa mère, atteinte de démence, qu'il refuse de mettre en EMS. Thomas Ngijol confie: "En soignant les autres, ils se soignent eux-mêmes".

Rire aux larmes 

Grâce à ce tandem de choc qui accroche le spectateur, on évite de verser dans le pathos. Leur humour et leur sens de la répartie désamorcent les pires situations et dédramatisent le propos parfois chargé de la série. Car, ne vous y trompez pas,  "Empathie" signifie ici "réparation" et non "pitié". Avec Suzanne et Mortimer, on se réjouit de la moindre avancée d'un patient qu'on croyait irrécupérable, on s'enthousiasme des combats perdus qui tournent à la victoire. 

Mais il arrive aussi qu'on pleure tout son soûl face aux destins irrémédiables, aux pardons impossibles, à la solitude abyssale des êtres. Parce que l'hôpital psychiatrique n'est de loin pas ici un décor-ressort, tout juste prétexte à faire frissonner les âmes sensibles, comme dans la série horrifique "Ratched" ou l'oeuvre schizophrénique "Légion" qui aligne les phénomènes télépathiques. Non, avec "Empathie", on est dans le dur, dans le réel, avec des gens ordinaires, qui ressemblent à tout le monde, mais que la vie a abîmé jusqu'au point de non-retour. Leurs histoires sont pourtant extraordinaires.


Le Dr Suzanne Bien-Aimé (Florence Longpré) et Mortimer (Thomas Ngijol) forment un binôme gagnant, tel un éloge à l'amitié.


À voir:  

"Empathie": série canadienne, saison 1, disponible sur Canal+ - myCanal.


Publié par Anne-Catherine Renaud




























Commentaires

  1. Comme tu as décrite cette série, elle nous donne envie de la découvrir et même si elle comporte quelques duretés de la vie, elle nous amènera à beaucoup de plaisir. Par cela, il est bien de souligner les relations qui vont évoluer positivement et les rires. Pas seulement les violences de la situation. Ce n'est sans doute pas un sujet de série que tout le monde appréciera, mais comme tu nous le fais percevoir, elle nous apportera sans aucun doute des réflexions et des moments agréables devant la TV. Merci pour m'en avoir donné l'envie.

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  2. Merci chère Ariane pour tes commentaires fidèles. C'est important que tu aies senti à travers l'article sur cette série que la lumière et le positif ont toujours leur place dans les situations les plus dures ou compliquées. "Empathie" est un boosteur d'ondes optimistes malgré le contexte difficile.

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  3. Merci pour cet article magnifique Anne-Catherine! Je regarde très peu la télévision et encore moins de séries, mais tu as réussi à me convaincre de faire une exception pour 'Empathie'. Ta description du Dr Bien-Aimé et de Mortimer, ce tandem qui répare les autres tout en se réparant eux-mêmes, résonne profondément. C'est rare qu'une série aborde la santé mentale avec autant de justesse et d'humanité, sans tomber dans le pathos. J'ai hâte de découvrir cette série québécoise !

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  4. Merci, chère Nicole, pour ton commentaire! Tu as parfaitement résumé l'essentiel de cette série humainement puissante qui aborde avec doigté et sensibilité le problème de la santé mentale.J'espère vivement qu'elle sera aussi diffusée sur la RTS.

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