Écran total: épisode 8

 

Plein soleil sur un enterrement un peu trop "formaté BFMTV". Cimetière avec croix et stèles, mais le service est laïc, aux accents politiques. Quelques notes et paroles en hommage à Lyhanna. L'inhumation se fera, heureusement, loin des caméras...
 

Deuil blanc sur fond noir

Les faits divers font un pied de nez à la fiction. Ils sont les nouveaux feuilletons d'une époque 2.0 qui relaie le moindre détail sordide au fil des écrans petits et grands. Nous sommes tous en deuil à longueur de récits distillés en information continue.

Alors que l'affaire Cédric Jubillar rebondit en ce mois de juillet avec son nouveau lot d'aveux funèbres, me reviennent - au rythme entêtant d'un glas continu - les images d'une autre tragédie qui a envahi nos JT. L'enterrement de Lyhanna, la petite de 11 ans, violée et retrouvée morte dans un silo désaffecté, en pleine campagne française le 4 juin dernier. 

Première martyre médiatique de l'été 2026.

Rien aujourd'hui n'échappe à l'œil des chaînes d'info: un ɶil jeté sur le monde, un ɶil qui se veut informatif. Mais un œil surtout inquisiteur, orienté, impudique. Obscène? 

Comme beaucoup de spectateurs anonymes, j'ai regardé le 12 juin, sur BFMTV, le dernier adieu à Lyhanna. Parfois on aimerait que le soutien et la tristesse traversent l'écran jusqu'aux concernés. Témoigner notre présence participative, consolante... Mais ne sommes-nous pas piégés par "un moment de télé", filmé et théâtralisé comme tel?
Même si les caméras de BFMTV se tiennent à distance, elles s'imposent en immortalisant le convoi, les parents en première ligne, le petit cercueil bleu, les ballons blancs et le lâché de colombes. Peut-on "faire de l'émotion" sur un sujet si infâme ?

Lyhanna ne devrait pas être un symbole qui finit en étendard médiatique. C'était d'abord une fillette qui, comme tous les enfants de son âge - comme Estelle et Maëlys avant elle - aimait les licornes et les princesses.  

Tel le Minotaure qui ne se nourrit que de chair humaine, les chaînes d'info carburent aux faits divers, dont elles recrachent un feuilleton haletant. Jamais rassasiées, elles n'ont d'information que le continu, et non le contenu. 

Saurons-nous refuser d'être réduits à des voyeurs, au regard figé sur l'ɶil-totem de ces écrans complaisants? 


Publié par Anne-Catherine Renaud



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